Vous pensiez connaître l’effort extrême et le dépassement de soi ? Si vous n’avez pas testé le crossfit, vous n’y avez pas goûté. Rien à voir avec un triathlon ou un ultra-trail qui se déroulent sur plusieurs heures, ici l’intensité de l’effort est maximale dans un temps très court.

Rien à voir, surtout, avec les salles de sport traditionnelles, que le crossfit a remisé au rayon du sport à papa. Pour la remise en forme, optez plutôt pour les créneaux d’aquabike de mamie. Pour la gonflette, il faut repasser. Quand dans certains clubs, on passe plus de temps à s’admirer dans les glaces qu’à s’entraîner, dans une box de crossfit vous ne trouverez aucun miroir (à part peut-être dans le vestiaire pour se recoiffer après la douche, et encore).

 

Au Crossfit, on enchaîne les exercices et on multiplie les répétitions à haute intensité dans un temps très court. (Photo : Jean-Michel Niester/Ouest-France)

 

Haltéro, gym, cardio

Le crossfit fait fi de la fioriture, du clinquant des salles modernes aux appareils sophistiqués. Des barres de tractions au mur, des anneaux au plafond, de la fonte, beaucoup de fonte sur le sol. Le seul décor est sonore. La musique y est souvent à fond. Du gros son la plupart du temps.

Mais qu’est-ce vraiment que le crossfit ? Et pourquoi rencontre-t-il autant de succès en ce moment en France ?

C’est un sport complet, technique, intense, mais aussi ludique et accessible à tous. « Venu des États-Unis, il mêle les préceptes de la gymnastique, de l’haltérophilie et du cardio », explique Thierry Hamon, propriétaire de Breizh Crossfit Rennes, la seule salle homologuée en Bretagne. Il axe son fonctionnement autour de dix compétences athlétiques : endurance cardiovasculaire et respiratoire, endurance musculaire, force, souplesse, puissance, vitesse, agilité, psychomotricité, équilibre et précision.

 

Le gros atout du crossfit c’est sa variété. Les pratiquants courent, rament, grimpent à la corde, sautent, déplacent des objets, enchaînent les tractions. (Photo : Jean-Michel Niester/Ouest-France)

 

Ce sport est évidemment né aux États-Unis, dans les années 1970, imaginé par le gymnaste Greg Glassman. Depuis 2005, le fondateur a déposé la marque avec l’équipementier Reebok. Un propriétaire de box qui utilise le mot « crossfit » à son fronton doit s’acquitter d’une certaine somme tous les ans. « Je paye 3 000 dollars (2 200 €) par an pour utiliser cette licence, ensuite je l’adapte comme je veux », explique François Guilbot, gérant de la box de la Roche-sur-Yon. C’est l’aspect marketing de ce sport, qui est aussi un gage de qualité, car les coaches sont formés.

Casser la routine

Le gros atout du crossfit c’est sa variété. Les pratiquants courent, rament, grimpent à la corde, sautent, déplacent des objets, soulèvent des barres et de la fonte, enchaînent des exercices en poids de corps, comme des pompes. Les crossfiters utilisent des haltères, des boîtes, des ballons lestés, des kettlebells (une sorte de boulet de canon en acier avec une poignée), des sacs et tout autre objet pouvant servir l’entraînement, comme des pneus de tracteur.

Sauts sur une boîte, tractions, mouvements d’haltéro (épaulé, arraché), de force athlétique (squat, soulevé de terre), courses, abdos, équilibre sur les mains… Il existe des dizaines d’exercices qui, combinés, constituent ce qu’on appelle le WOD (work of the day) ou entraînement du jour. Le champ des possibles, et des souffrances, est immense.

« En arrivant à la box, les pratiquants ne connaissent jamais à l’avance le programme de leur entraînement du jour. C’est le coach qui le détermine, pour casser toute routine et permettre un entraînement complet », ajoute Thierry Hamon.

 

Comme Mireille, de plus en plus de femmes se prennent au jeu. (Photo : Jean-Michel Niester/Ouest-France)

 

Addictif

Chaque WOD est précédé d’un échauffement qui peut aussi servir d’entraînement technique. Durant le WOD, l’objectif est de faire le maximum de répétitions des mouvements demandés dans un temps donné. Par exemple : si le programme est de faire 5 tractions, 10 pompes et 15 squats (en poids de corps), l’objectif est d’enchaîner le plus de tours possible. « As many round as posssible » (AMRAP), comme on dit en anglais. Et, bien sûr, de repousser ses limites.

C’est l’essence même du crossfit. Un principe de vie, une véritable philosophie pour les accrocs. Car il faut le reconnaître ludique et physique, le crossfit procure un réel plaisir dans l’effort, au risque de devenir addictif. D’une à deux séances par semaine, on bascule vite sans y prendre garde à quatre ou cinq WOD hebdomadaires. Viens ensuite la compétition…

 

Le Crossfit ne se cantonne pas aux salles de sports. Des compétitions sont également organisées partout en France, comme ici à Rennes en juin dernier. (Photo : Jérôme Fouquet/Ouest-France)

 

Pour ceux, qui savent garder raison, le crossfit aide à se vider la tête et évacuer le stress. « Il m’a servi d’anti-dépresseur après des ennuis de santé. Il m’a aidé à revenir à la vie », note Patrick Valette, un des meilleurs crossfiter vétérans en France, qui a subi une opération à cœur ouverte, il y a cinq ans.

Il permet aussi de muscler son corps de façon harmonieuse. Mais« on ne fait pas du muscle pour faire du muscle. L’esthétique est la conséquence plutôt que la raison », insiste François Guilbot. Pour les sportifs (rugbymen, handballeurs, basketteurs, triathlètes…), il est un excellent complément à leur préparation. Un des premiers adeptes en France du crossfit n’est-il pas Jean Galfione, champion olympique de saut à la perche, qui s’en est servi pour devenir wincher sur un bateau de l’America cup.

 

Marcher sur les mains, l’une des épreuves les plus compliquées du Crossfit. (Photo : Jérôme Fouquet/Ouest-France)

 

Enfin, et ce n’est pas la moindre de ses qualités, le crossfit « rend humble », assure Patrick Vallette, qui a connu d’autres sports où les égos sont gonflés. L’esprit d’entraide y est déterminant. « Car finalement, la seule star au crossfit, c’est le crossfit », conclut Patrick.

 

Pour un crossfiter, un bon entraînement se finit généralement à l’agonie. (Photo : Jean-Michel Niester/Ouest-France)